• 17/11/2022
  • Par binternet
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Il est enfin l'heure d'assumer ses vergetures<

Avertissement : je n’ai jamais eu de vergetures. Jusqu’à récemment, j’en avais même rarement vu. L’engouement qu’elles suscitent sur les réseaux sociaux depuis quelques années a donc été une révélation.

Dorénavant, les vergetures représentent bien plus que des rites de passage. Vous savez, ces rites durant lesquels notre corps change : puberté, grossesse, prise de poids… Les vergetures s’affichent désormais avec enthousiasme. Le mannequin Ashley Graham, adepte des posts inclusifs sur les réseaux sociaux, n’hésite pas à les exhiber dès qu’elle pose en maillot de bain. “Je ne vois pas pourquoi j’en aurais honte”, résume-t-elle lors d’une récente interview dans le magazine People. Idem pour la chanteuse Lizzo, la prêtresse du fitness Kayla Itsines et bien d’autres. La communauté Instagram célèbre les vergetures, et ça nous rend toutes plus fortes.

En réalité, il ne s’agit pas que de force, mais aussi d’amour. Oui : nous pouvons désormais aimer nos vergetures. Qu’il s’agisse de dunes de sable sur nos seins, d’écoulements de lave sur nos cuisses ou de flammes qui s’élèvent sur notre abdomen post-partum, les vergetures nous unissent. Elles concernent toutes les ethnies, tous les pays, et témoignent de notre croissance tant physique qu’émotionnelle. Comme le dit le mannequin Alva Claire : “Les vergetures racontent notre histoire.” Le mannequin Jill Kortleve renchérit en commentant une photo de vergetures ornées de paillettes, prise par l'artiste @sarashakeel : “J’ai toujours aimé mes vergetures, et j’ai toujours dit qu'elles étaient la partie de mon corps que je préfère.”

Les ravages causés par la dissimulation des vergetures étant bien réels, l’ironie de la situation ne m’échappe pas. En tant que rédactrice beauté de longue date, je peux vous dire que les articles sur l'éradication des vergetures ont longtemps été réclamés par les lectrices. Mais les temps ont changé. “Désormais, les vergetures qui s’affichent dans les magazines sont là pour vous rappeler que vous n’êtes pas seule”, dit Charli Howard, mannequin de 30 ans et fondatrice de la marque Squish Beauty. Lorsqu’elle avait 21 ans, Charli Howard avait du mal à digérer la différence entre l’apparence de son corps sur les plateaux des photographes et les images retouchées qui en étaient ensuite publiées. “Mes vergetures m’ont fait souffrir. J’appartiens à une génération qui a grandi en croyant que la perfection était nécessaire au bien-être. J’ai passé mon adolescence, puis toute ma vingtaine, à haïr mon corps. Il y avait beaucoup de pression.”Alva Claire relate une expérience similaire : “J'ai toujours eu beaucoup d’estime de moi-même, et je me suis toujours sentie à l'aise en sous-vêtements. Mais c'était dur de ne pas voir d’autres corps de femmes qui changeaient comme le mien. Je me sentais seule, et les jours où je n’avais pas le moral, c’était difficile à avaler.”

Oser s'affirmer tel que l'on est

Il est enfin l'heure d'assumer ses vergetures

Heureusement, le temps des apparences a laissé place à celui du bien-être. “J’ai enfin compris que mon temps et mon confort étaient mes priorités. En tant que femme, je pense que c’est un acte de rébellion”, déclare Jameela Jamil, fondatrice du site radicalement inclusif I Weigh (iweighcommunity.com). À l’adolescence, ses premières vergetures sont apparues sur ses seins du jour au lendemain. Après des années à les dissimuler, elle a compris que c’était faire preuve de cruauté envers son propre corps. Durant le tournage de la comédie télévisée The Good Place, elle a refusé de les maquiller. “Je jouais une sorte de sex-symbol dans une émission très regardée, et ça me semblait important de montrer aux spectateurs que les traces sur mes seins n’avaient rien de honteux.” Idem pour Charli Howard, récemment tombée sur une photo de ses vergetures prise quelques années plus tôt. “On aurait dit des éclairs sur le haut de mes cuisses”, dit-elle, “et ça m’a fait du bien.”

Mais si le changement est bel et bien en cours sur les réseaux sociaux, c’est loin d’être le cas dans tous les secteurs de la société. Comme le dit Alexia Inge, co-fondatrice des produits de beauté Cult Beauty, “je n'ai pas vu de lancement pour une nouvelle crème anti-vergetures depuis longtemps. Cela ne signifie pas forcément que les femmes sont désormais amoureuses de leurs plis et de leurs crevasses. Pour moi, ça veut seulement dire qu’à force de les normaliser dans la publicité, leur éradication est tombée plus bas dans la liste des choses à faire en matière de beauté.”