• 27/12/2022
  • Par binternet
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Qui est Vava Dudu, la pionnière de la mode qui souhaitait rester libre ?<

Vava Dudu, une icône à contre-courant

Dès l’entrée dans l’exposition, un perfecto bicéphale nous accueille derrière une grille : trois cols sont découpés dans cette veste en cuir noir et une tête en polystyrène en émerge de chaque côté, laissant vide son centre d’enfilage “classique”. Au milieu de ses manches, et non à leur extrémité tel qu’on aurait pu l’imaginer, sont fixés deux grands gants blancs dont l’index évoque, orné d’un œil et de poils, le profil d’une licorne. Créature étrange voire gardienne d’un temple, cette première pièce anthropomorphe nous le confirme : Vava Dudu est une créatrice hors circuits qui, telle une magicienne, insuffle au vêtement son potentiel d’incarnation. Dès les années 90, son regard sur le corps exprimé par ses premiers accessoires et bijoux la distingue dans le paysage d’une mode assagie voire collet-monté, jusqu’à séduire Jean-Paul Gaultier : en 1997, le créateur français l’invite à imaginer les corsets en perles de sa première collection haute couture, au moment où la jeune femme lance tout juste son label avec son ami Fabrice Lorrain. Dès lors, Vava Dudu s’affirme en véritable pionnière toute en suivant son instinct : en 2001, elle remporte le prix de l’ANDAM, passant après Martin Margiela, Viktor&Rolf ou encore Jeremy Scott. Quatorze ans avant que le label Vetements n’organise, en 2015, son défilé dans les backrooms d’un sex-club gay parisien, la créatrice a l’idée la première et organise le sien aux Docks, rue Saint-Maur. Plus d’une décennie avant que le mélange entre couture et streetwear ne devienne l’apanage de créateurs comme Virgil Abloh, Demna Gvasalia ou Matthew Williams, Vava Dudu en fait son fer de lance, empruntant à la rue autant qu’au club la créativité et l’énergie de leurs silhouettes pour le marier à son amour du fait main, des broderies et coutures à la peinture sur textile. Celle qui confiait au micro d’Arte “préférer les extrêmes aux milieux” séduit même des artistes comme Björk ou Lady Gaga, pour laquelle elle signe en 2009 le trench graffé porté dans le clip de Bad Romance.

Qui est Vava Dudu, la pionnière de la mode qui souhaitait rester libre ?

Nombreuses et éclectiques, les obsessions de Vava Dudu constituent son style. Bombers et perfectos, couleurs flashy, mélanges audacieux d’imprimés contrastés, asymétrie ou encore chaussures dépareillées… autant de lubies esthétiques qu’elle partage avec la mère de la mode punk, Vivienne Westwood, dont la créativité irrévérencieuse l’inspire depuis son adolescence et dont elle s’affirme en héritière. A l’Hôtel Ragueneau, une salle entière de l’exposition se consacre à un accessoire particulièrement apprécié par la créatrice : la cuissarde. Rouges, argentés, noirs ou à carreaux colorés, cloutes, à scratch ou à lacets, les modèles pleuvent devant des fonds brillants ou écarlate de la pièce tels des êtres volants, tous peints et griffonnés directement par l’artiste, qui les porte d’ailleurs régulièrement. Au fil des salles de l’exposition, la quinquagénaire dissémine en effet plusieurs fragments d’elle-même à l’instar d’une perruque en tresses multicolores, posée en-dessous de ce “mobile” à chaussures tel le miroir de sa propre chevelure actuelle. Plus Vava Dudu progresse dans sa vie et dans son art, plus elle s’épanouit dans son propre rythme, n’obéissant à rien d’autre qu’elle-même – et surtout pas à l’industrie du vêtement. A l’heure d’une prise de conscience écologique généralisée à l’ensemble des maisons et labels, malheureusement souvent doublée de greenwashing, la quinquagénaire customise de nombreuses pièces existantes, passe des heures à glaner vêtements et textiles de seconde main, produit constamment mais pas en quantité fixe ni par collections, ne vend ses créations que sur commande ou dans des boutiques très précises… autant de partis pris qu’elle adoptait il y a deux décennies déjà et que bon nombre de créateurs tentent d’imiter aujourd’hui. Certains font même encore appel à elle, comme l’ex-directrice artistique de la maison Courrèges Yolanda Zobel, qui lui commande en 2019 des dessins transformés en imprimés pour ses pièces.