• 22/07/2022
  • Par binternet
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Un parfum de royauté sous les ors de l'Élysée Fermer le panneau Ouvrir le panneau Plume Le Figaro App -icon - 512px V1 1 - Style/Logotypes/Le Figaro/Apps/jeux<

Il est des soirs de torpeur pré-estivale où, sous les ors de la salle des Fêtes de l'Elysée, la République se prend à rêver aux charmes de la monarchie. En longue robe blanche sertie de diamants scintillants, couronnée d'une tiare de la reine Mary, Elizabeth II a fait son entrée solennelle aux côtés de François Hollande, suivie de son époux, le duc d'Edimbourg. Les 240 invités en smoking et robes longues se sont pressés sur leur passage, les Anglaises dans de profondes révérences, les Français inclinant imperceptiblement la tête.

De retour des commémorations de Normandie, les deux chefs d'Etat venaient tout juste d'atterrir à Paris. Après la mémoire de la seconde guerre mondiale, l'heure était à la célébration de l'entente cordiale. Et à l'amitié, presque fusionnelle, loin des bisbilles habituelles entre les gouvernements de Paris et de Londres. Dans un discours alternant l'anglais et le français, la reine rappelle avec émotion son premier séjour en 1948 dans notre «beau pays», alors princesse tout juste mariée. Elle insiste sur sa «grande affection pour le peuple français» et souligne le «mélange unique d'amitié, de rivalité dans la bonne humeur ainsi que l'admiration qui constitue l'essence des liens qui unissent la Grande-Bretagne et la France». Pour François Hollande, les deux pays incarnent le mystère de jumeaux «fascinés par leurs ressemblances, farouchement attachés à leur différence, mais viscéralement unis lorsque l'essentiel est en cause».

«Il nous faudrait un roi»

Après les toasts, la souveraine s'assied entre Manuel Vals et François Hollande, qui accueille le prince Philip à sa gauche. L'académicienne Hélène Carrère d'Encausse lui fait la causette. La conversation roule en français. La reine évoque son inquiétude sur l'Ecosse, qui doit se prononcer par référendum en septembre sur son maintien dans le Royaume-Uni.

Au menu, foie gras - pour répondre au désir de Sa Majesté -, agneau de Sisteron, fromages et dessert d'été. Château d'Yquem 97, château haut Brion 90, champagne millésimé «cuvée Winston Churchill». A sa table, Bernard Kouchner a la solution à la morosité française: il nous faudrait un roi. L'orchestre à cordes de la Garde républicaine joue Yellow Submarine des Beatles. Ça donne le ton. Michel Rocard, qui vient d'écrire une tribune pour conseiller aux Anglais de quitter l'Europe et de nous laisser tranquille, se place sur le passage de la reine, qui poursuit son chemin.

L'adage britannique de la seconde guerre mondiale «Keep calm and carry on» («Rester calme et persévérer») laisse Hollande songeur. «Je n'ose en faire ma devise», plaisante-t-il.

Au café, sur le perron du jardin, quand ses invités d'honneur repartent à bord de leur Bentley vers l'ambassade voisine, le président est sur un nuage. «Je n'ai jamais vu tant de monde sur les Champs-Elysées, même le 14-Juillet, ou aux balcons du Faubourg Saint-Honoré!»

Guillaume Galienne, Edith Cresson et Arsène Wenger

L'establishment de la Cinquième République savoure la douceur du soir. On croise Claude Bartolone, Aurélie Filippetti, Laurent Fabius, Elisabeth Guigou, Michel Barnier, Jean-Marc Ayrault, Michèle Alliot-Marie, Xavier Darcos ou Edith Cresson (les Anglais ont oublié ce qu'elle avait dit d'eux). Les patrons Bernard Arnault (LVMH), Axel Dumas d'Hermès, Jean-Paul Agon de L'Oréal, Henri Proglio (EDF), Jean-Bernard Lévy (Thalès), Arnaud de Puyfontaine (Vivendi), Guillaume Pépy (SNCF) rappellent leurs chauffeurs. Line Renaud, Guillaume Galienne, Agnès b, représentent les arts. Arsène Wenger est une leçon de succès en Grande-Bretagne face à l'adversité.

Après un entretien avec Anne Hidalgo à l'Hôtel de Ville de Paris et la visite du marché aux fleurs de l'Ile de la Cité qui sera rebaptisé à son nom, la reine devait repartir en Grande-Bretagne samedi en fin de matinée, après trois jours d'une visite d'Etat très acclamée.